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Soulasse : aventures sur les terres bleues

L'édifiante histoire de "Caille Buzingue" Huchène des Carcerac

"Où serait le mérite, si les héros n'avaient jamais peur."
- Alphonse Daudet

Cette aventure a été jouée durant l'été 2007, maîtrisée par Christophe "Chris CII" Bachmann au club Enfer et Contre Tous de Rennes, dans l'univers de Soulasse.

Mon papa sert la famille Carcerac. C'est un garde de la famille.
Plus tard, je serai garde moi-aussi.
En attendant, j'ai suivi un apprentissage avec ma tante - je comprend et je vois l'amalgame alors on a voulu faire de moi un encraoudeur. Mais après, dès que j'ai eu l'âge, je me suis engagé dans la compagnie des chevaux-légers de Carcerac, la compagnie du Pacte que dirige notre colonel, "Jogane" Carcerac - un type extra et un sacré meneur d'homme. On nous a envoyé jusque dans les jungles Jahoutiri : ça a été une sacré mission, mon bedon. Mais quand on est revenu sur l'île, on a appris qu'on devait repartir pour l'Occ. Là, le colonel m'a convoqué et il m'a donné un cachet mercenaire et il m'a décommissionné. J'ai pas compris pourquoi. J'avais toujours bien servi. Mais il m'a dit que ça n'avait rien à voir et il m'a renvoyé.
Maintenant, je suis sur les routes. J'essaie de continuer à travailler comme soldat et mercenaire en attendant d'en savoir assez pour revenir chez moi. J'ai envoyé une lettre à mon père et j'attends sa réponse - ça fait un an quand même !

Les nouvelles ne sont pas bonnes en Occ. Il y a un début d'épidémie. Des soldats ont été touchés - une dysenterie qui touche les nouveaux. On voit les lettres à bord noir revenir de là-bas. J'ai peu de nouvelles de mon unité mais il paraît qu'elle a été très touchée. Faut dire qu'ils sont toujours en première ligne comme d'habitude. Ils me manquent tous, ses compagnons que je ne reverrai peut-être jamais.

J'ai trouvé un engagement. J'ai accompagné une ambassade commerciale de la Guilde dans les Terres Bleues. Il fallait protéger les négociateurs insulaires contre quelques escarmouches "fraternelles" - ça a un peu saigné la nuit quand les "négociateurs" pictes venaient nous rendre visite pour accélérer les tractations. On était plusieurs dizaines d'hommes sur l'affaire. Après, j'ai été démobilisé dans un patelin appelé Rougecogne (ou Tan Ru en Nathain), sur la côte est des Terres Bleues.

Rougecogne est un avant-poste insulaire, en bord de mer, qui a survécu à presque toutes les "discussions" Pictes et Insulaires. Faut dire que c'est sacrément dissuasif comme architecture. La ville est entourée d'une grande palissade de buis enduite de terre. Tout est serré en-dedans. Les premiers rangs des maisons, jusqu'à 50 pieds des murs, sont couvertes en tuile sans fioriture. Après seulement, on retrouve les ardoises et les beffrois - ça en impose comme défense ! Pas étonnant que les Nathains n'aient pas vraiment cherché à la reconquérir.
Comme dit un copain : "bienvenue dans la vieille ville de merde !"

C'est le soixante-dixième jour du temps du Lev. Il fait gris mais il ne pleut pas. Il fait lourd et chaud. Bientôt la Comète. J'aimerai pas me retrouver coincé ici quand même. Il va falloir trouver un passage et rapidement en plus. En attendant, je traînasse dans une godale familiale pas trop chère, le Pinson rieur. On m'avait indiqué le Héron couronné, près de l'Enclave - elle se flatte d'accueillir la fine fleur de la cité - mais vraiment trop cher pour moi. Ici, c'est tenu et propre, avec un menu simple et opulent. J'ai passé mon après-midi sur le port, j'ai payé des coups à plein de gens, j'ai entendu plein d'histoires de chasse au feurdi et autres fariboles... mais je n'ai pas trouvé de bateau pour chez moi. Ce soir, je broie un peu du noir dans mon coin du tatamis.
Nous sommes 8 dans la godale, en plus de la femme du godalier qui tourne un odorant brouet. Il fait toujours aussi chaud. Vivement que ça craque et qu'on ait de l'orage.

  • jeune homme bien habillé, élégant ; deux autres types moins élégants, plus solides et plus âgés - armés d'un fauchet et d'une jogane. Tous des insulaires.
  • deux mercenaires rubiconds avec qui nous avions travaillé. Ils ont fêté la fin de mission. Ils ne portent pas d'armes bien qu'ils aient les baudriers. Ils ont dû prendre leurs précautions avant de commencer à se pinter, histoire d'être tranquilles en cas de soucis et de bagarre d'ivrogne.
  • un queune (joué par Laurent). Collier en dents de requins, bracelets de force en rafia. Massue queune, petit bouclier et lance-javeline. Il a l'air fatigué et encombrant.
  • un insulaire (joué par Patrice). Homme assez grand, mal rasé, garde son large chapeau en intérieur (bizarre). Entièrement couvert malgré la chaleur.
  • moi. Juvénile mais sérieux. Bien rasé, cheveux courts, propre sur soi. Habillé avec soin mais sans richesse - reprises discrètes mais tous les boutons sont là. J'ai deux joganes dans un fourreau ancien, un cadeau de mon papa. Je suis en train d'écrire une lettre à mes parents.

 
Le jeune monsieur me dévisage un instant mais sans impolitesse. La godalière met les tables devant nous, installe les couverts et les bols, puis nous sert une copieuse portion de brouet. Le type au fauchet goûte le bol du jeune homme. Les deux mercenaires causent à vive voix de leurs rencontres amoureuses et de leurs virils exploits. Les trois mangent tranquillement puis se remettent à causer à voix basse de façon sérieuse. Le godalier amène le grand plateau de fruit commun puis nous souhaite bonne nuit. Ils vont se retirer et nous laisser la salle.

Je vais chercher le jeu de yade. Quand je me lève, les deux mercenaires qui se pintent consciencieusement ont un instant de flash paranoïaque au moment où je me lève puis se rassérènent et retrinquent tranquillement. Le gars au fauchet a suivi mon geste du coin de l’œil. Le jeune continue à discuter sans donner l'impression qu'il a remarqué quoique ce soit.
Le Queune vient s'assoir face à moi. La partie est intéressante mais assez vite, on se rend compte qu'on ne joue pas pour la même chose - lui pour la sociabilité et moi pour la stratégie.
"Un bateau arrive dans deux jours. Il repart dans deux jours pour Port Ofrée via les îles des Queunes." me dit le Queune. Je reprend un peu espoir.

Une nouvelle personne est arrivé dans l'auberge en cours de repas. Un autre mercenaire semble-t-il... Brun et buriné, il a l'air fatigué - bandeau en cuir autour du front, une armure en cuir, une lance - un ancien fantassin dirait-on.

Le jeune noble s'approche de moi. Il me propose un passage sur son bateau - un bateau rapide qui passera le prendre dans quatre jours. Mais il y a un travail à effectuer en attendant. Il faudra sans doute que j'embauche du monde.
"à une grosse journée de marche d'ici, se trouve un village. Dans ce village, il y a quelqu'un qui fabrique des pierres à encre. J'en ai vu une qui m'a particulièrement attiré l’œil et je souhaiterai me la procurer. Mais pour des raisons complexes, la personne ne souhaite pas me la vendre. Je me demandais dans quelle mesure, vous pourriez agir en intercesseur et vous procurer la pierre à encre pour moi.
- Je ne volerai rien.
- Pas de souci. Je paye l'intégralité du prix de la pierre. Il me faut juste un intermédiaire."
Le jeune homme me remet un sac plein de coques.
"De quoi payer la pierre et vous dédommager, vous et les gens que vous emploierez pour vous accompagner."

Le queune et les deux mercenaires encore en état de discuter acceptent de m'accompagner.
"Il s'agit d'une pierre à encre en serpentine. Elle est superbe et immédiatement reconnaissable. D'une pureté de ligne et d'une élégance incomparable. Si la personne devait se montrer déraisonnable, je vous autorise à doubler la somme en tirant une lettre de change sur ma famille." C'est un Fraisnault, un nom de poids - l'une des quinze grandes familles.

Jet d'encraoudeur : le type a un droit naturel de tirer des lettres de change, sans souci ; pour sa famille, il ne ment pas sauf si c'est un demi-dieu de la mort du baratin ; pour le reste, l'histoire de la pierre à encre a l'air compliquée mais probablement pas illégale. Je sens un type non dépourvu d'honneur. Il essaie de contourner un problème et pas de commettre une vilénie.

A priori, la pierre doit être bien marquée par l'amalgame. Je demande discrètement confirmation et cela le surprend mais il acquiesce. Il ne pensait pas que je verrai le problème.
Un des types me remet une autorisation de tirer sur la famille Fraisnault, avec le cachet qui va bien et ma description physique.

L'heure de se coucher si on veut se lever le lendemain matin.

L'équipe :
Moi
Duran Duran, le personnage de Laurent
Dengar Sans-attache, personnage à Patrice
Brouille Cailloux Quinton de Zorme, personnage à Shutaan

Dengar mène la conduite vers le sud. Il a quelques belles intuitions pour prendre des routes secondaires plus rapides. Nous arrivons avant la nuit au camp militaire. Dengar, ayant bien bougé pour ouvrir le chemin, commence à tirer la langue. Le queune et moi sommes biens. Nous nous arrêtons là tranquille. C'est un camp semi-permanent, bois et toile. Les gens sont en train de charger des charriots - on le déménage en prévision de la comète.
Nous sommes invités à la table des officiers. La nuit est tranquille.
Sonnerie et clairon pour le réveil. Petit déjeuner à la table des officiers. Ils s'emmerdent comme des rats morts.

Nous nous remettons en route et marchons deux petites heures dans un terrain plus difficile - montagne et forêt. Après un dénivelé positif significatif. Il est dix heures du matin, la brume se lève et nous apercevons le village, un peu étalé dans le vallon. Les gens bossent dans les champs tout autour. Nous nous rendons assez directement chez la personne qui fabrique les pierres à encre - elle est très connue dans la région.
Alors que nous traversons le village, il est assez silencieux et il n'y a pas autant de monde qu'on peut l'imaginer. Les gens semblent être rentré chez eux. Quand nous rentrons dans le village, nous remarquons que les gens ont pris leurs outils et se dirigent vers le coin que nous visons - pour nous bloquer le passage semble-t-il. En fait, ils se mettent à travailler dans des champs "tout prêt".
Le queune sort son ukulélé et se met à... chanter. Il surprend tout le monde !!!
Un gros nathain vient à notre rencontre lorsque nous nous approchons de la maison de la tailleuse de pierre. Manque de pot, elle est partie hier pour une tournée de livraison de 10 jours. Nous avons une chance de la rattraper avec un bon guide et en marchant bien.
Un nana grande et carrée, les cheveux roux, arrive avec une jarre pleine d'eau et une louche. Eau froide pour les voyageurs.

Un jeune gamin arrive - un apprenti Kunnig. Il s'appelle Per Revez. Il va nous guider. En attendant, il nous emmène à sa maman pour qu'on achète à manger pour la route. Une nana carrée sort et lui cause sur un ton moqueusement fâché. Nous lui prenons trois jours de bouffe pour cinq personnes. Je paye la bouffe mais la mère refuse que je paye le temps de son fils : "le temps des enfants ne se paye pas." Le temps d'emballer les choses et nous nous mettons en route. Deux gros nathains arrivent sur ces entrefaits. C'est Perig et le tonton. Perig n'est pas de la famille. Mais le tonton est un autre tonton. Pas le kunnig.
Ils vont nous escorter jusqu'au col. Nous partons donc rapidement.

Les deux cents mètres jusqu'au col sont menés à fond les ballons par les deux types qui chantent à fond les ballons - ça nous donne le rythme pour le reste de la journée.

Un peu après midi, nous arrivons sur un petit camp que nous avons vu de loin. Des nathains se partagent le repas. Derrière eux, une gigantesque taupinière qui fume doucement. Des charbonniers. Les Nathains nous apostrophent un peu durement. Le gamin s'occupe de la diplomatie. A priori les gars pensaient que nous avions enlevé le môme.
Il paraît que, un peu plus au sud, il y a eu des problèmes et que des esclaves ont été pris. Finalement, ils nous invitent à manger. Ils nous offrent du pâté et pain frais contre de la viande sèche et du pain sec de conservation. La fille est passée hier soir, elle va sans doute être à Bleizi Noz toute la journée.

Nous repartons donc à fond les ballons. En nous pressant, nous pouvons y être tard dans la soirée. Tard dans la nuit, nous arrivons dans un village complètement clôt. Le gamin gueule un bon coup puis un homme vient nous ouvrir. Nous sommes bien crevé mais nous en avons encore un peu sous la semelle.

Village de Bleizi Noz
Le gars qui nous accueille parle un peu l'insulaire. On nous sert un thé aux herbes pour nous rafraîchir. Il n'y a plus rien de chaud comme nourriture. La nana était là, elle comptait passer la journée mais elle a dévié après avoir reçu une nouvelle. Elle est partie vers C'hoardazegà deux jours par la montagne.
Le gamin va voir si on peut avoir un guide pour passer la montagne à la suite de la fille. Il revient un peu plus tard. Llanwellyin(la fille) était là ce midi, tranquille, à discuter avec des gens. Elle s'apprêtait à repartir après avoir écrit des lettres. Mais quelqu'un est arrivé du village, montant chez elle. Ils se sont écartés pour causer. Quand elle est revenue, elle était blanche. Elle a laissé ses pierres et elle a trotté vers la montagne.
Information intéressante : le nom de la fille est baxe, pas nathain.

La nuit est courte. Le môme nous récupère de la corde. Le queune a une réaction malheureuse : il se porte volontaire pour la porter (arf exclaimPanade au petit déjeuner. On laisse le cheval et on trace.
On trace dur même. A fond les ballons. Le cavalier repère un truc pas facile à voir. Quelqu'un a dû se payer une belle glissade - le terrain est dérangé comme pas permis. Manifestement, la terre est à nu et quelqu'un a glissé. Je finis par découvrir une trace de bien blanc, pas naturel, dans le fond d'un goulet. Le queune assure la corde et Brouille Cailloux se glisse en bas - une escalade difficile.
Il finit par arriver aux restes d'une chemise blanche accrochée dans les buissons au-dessus d'un petit ravin. Il y a quelqu'un de posé sur les cailloux par là dans une posture peu naturelle. Il y a du sang et une personne. C'est une femme, elle n'est pas morte mais elle ne vaut guère mieux.
Je descends à mon tour.
Fracture composée de la jambe droite. Fracture ouverte de la jambe gauche. Côtes cassées. Bras cassé ou luxé. Lacérations multiples. La tête est la chose la moins touchée. Un peu d'hypothermie et une petite hémorragie.
Le gamin arrive avec un fagot de longues branches de coudrier, puis des lanières d'écorce de boulot. Le môme a bien retenu ses leçons.
Pendant ce temps, je commence par traîter les blessures vives - bandages et baumes. J'essaie d'appliquer tout ce que ma tante m'avait appris. Quand je reçois le matériel, je m'occupe des fractures. Je fais particulièrement attention aux séquelles. Elle se réveille sous la douleur et dit quelque chose dans une langue différente du Nathain, avant de se rendormir.
Le queune nous fabrique un brancard.
Le gosse fonce au village pour prévenir.
Nous chargeons la nana et nous redescendons.

La nana se réveille au moment où je lui file un anti-douleur. On arrive, plus ou moins, à saisir ce qu'elle dit mais sans comprendre les termes. Un peu plus de trois heures plus tard, à mi-chemin, un parti de quatre hommes arrivent face à nous. Ils gueulent un truc en Nathain. le gamin est avec eux. Un des gars porte une échelle sur le dos. On ficelle la fille sur l'échelle et le gars la colle dans son dos. Il a le pas sûr. Courant d'après-midi, on l'amène au bled. Elle finit dans un lit avec deux nanas du village qui amènent ce qu'il faut pour la laver et la rendre présentable. Le guérisseur local va s'occuper d'elle.
On va envoyer quelqu'un chercher le tonton du gamin. Il pourra nous traduire le baxe.

Repos. Mangeage.

Début du quatrième jour.
Journée tranquille en prévision. Le queune chante... enfin gueule... chante ? pffff
Dans l'après-midi, quatre personnes arrivent : le gars du village, deux guerriers de l'autre village et une brute au cheveux blancs. Ils sont embarqués dans une cuisine et récupèrent une grosse part de ragoût.
"Tonton ! tonton !" fait le môme en se précipitant sur son oncle. Il lui cause à fond les ballons pour lui expliquer tout ça.
Au bout d'une petite heure, le vieil homme vient nous voir. Il nous demande ce que la fille a dit. "La mort rode sur le rocher."
On se rend compte qu'il doit y avoir encore un type dans la montagne tout seul. Le vieux gueule et réunit du monde sur la place du village. Questions-réponses à fond les ballons. Au bout de quelques minutes, les gars du village foncent vers la montagne. Ils vont organiser un râteau et on les rejoindra plus tard.
Je refais le plein d'herbes.
Le vieux monsieur va se poser près du lit de la fille. Il commence à lui causer dans une langue qui n'est pas du Nathain - c'est du Baxe. Il parle lentement, d'une voix calme et déterminée. Apparemment la fille se réveille un instant, murmure quelque chose. Le type pose une question. Elle répond. Le type la remercie et elle retombe dans le coltard.
Le vieux nous dit : "Le gars est parti devant. Ils n'étaient plus ensemble quand elle est tombée."
Par contre, c'était "la mort rode sur la pierre." La pierre en serpentine n'est pas dans son sac. Le vieux nous demande de remonter vers C'hoardazegpour faire la vérification. Si ça se trouve, la pierre en serpentine a été vendue là-bas dans les jours précédents notre arrivée.

On repart, lesté d'herbes, de viandes séchées, de fromage, de pain. Direction la montagne. On lève le pied, on avance tranquille et on arrive un peu en deçà du col avant la nuit. Le môme nous trouve un petit coin pour passer la nuit.

Cinquième jour. Nous sommes le soixante-quinzième jour du temps du Lev. Nous redescendons vers la vallée et arrivons passé midi à C'hoardazeg. La petite ville compte plus de 500 maisons. Nous nous faisons regarder de travers. Nous donnons un quart d'heure au gosse et on finit par nous amener à une belle maison, près du centre-ville.
L'écrivain public, responsable de l'administration, est mort de froid !!! Il est mort dans son lit, veillé par sa femme et ses enfants. Il venait de s'acheter une nouvelle pierre à encre, une superbe pierre verte.
Elle est dans son bureau. Magnifique pierre, méticuleusement cannelée. Il s'en est servi. Je lis l'objet - elle est très belle mais a cette beauté vénéneuse des fleurs carnivores qui me fait froid dans le dos quand je la vois. Comment a-t-elle pu tailler la pierre comme ça ?
En tout cas, elle est bien maudite. Elle est pleine d'enseignement sur l'Amalgame.
La pierre a été achetée à un colporteur (!) Le mari l'a achetée, il a travaillé avec toute la journée. Le soir, il avait froid, il n'arrivait pas à se réchauffer. Il a continué à travailler le lendemain mais le soir, il claquait des dents et frissonnait. Le guérisseur ne pouvait rien pour lui. La veuve a alors fait chercher Lleyiwellyn, faisant le rapport avec la pierre (elle doit être vaguement sensible à ce genre de chose).
Je file la bourse de coques à la femme et emballe soigneusement la pierre. La femme de l'écrivain nous offre l'hospitalité.

Tard dans la soirée, on frappe à la porte. Le vieux monsieur arrive.
J'analyse un peu la pierre.
La pierre vient d'une veine de serpentine qui se trouve dans le Ronbleiz. J'ai une idée visuelle mais il faudrait chercher le pic précis d'où ça vient. C'est dans les hautes montagnes. La malédiction a dû être déclenchée par le sang.
"Un meurtre ou quelque chose du genre."

Le gamin reste avec son oncle et nous, nous traçons vers le nord. Le queune remarque quelque chose de suspect dans des buissons.
Embuscade. Des mercenaires insulaires qui ont été payés pour nous intercepter et nous voler quelque chose.
Le combat s'engage. Jetons un voile pudique sur toute cette violence.

Trop nombreux - 5 paires de deux archers. On essaie de replier sous le feu et on les contourne méthodiquement. Il faut qu'on trace vers Rougecogne... C'est la course à la mer. On finit par arriver avant eux... Direction le Pinson rieur.
On retrouve le type. Je lui remets la pierre, la lettre de change. Je lui annonce que je reste dans le coin pour poursuivre cette histoire et aider l'oncle.
Il me félicite et me remet une lettre :
"à tout ceux, singuliers et pluriels qui liront la présente, salut. Moi, "Fouille Ciel" de Fraisnault, décerne au porteur de la présente (description suit) la qualité d'enquêteur des Fraisnaults et demande à tous, singuliers ou pluriels, qui ont vassalité ou féoté aux Fraisnault ou au pacte, de lui prêter à lui ainsi qu' à ses compagnons ainsi désignés, toute aide, secours ou assistance, matérielle morale ou humaine, qu'il pourrait demander ou exiger, et à lui facilité au mieux de vos capacités, ses déplacements et sa recherche, qui présente un intérêt significatif pour notre famille. Fait à Rougecogne, ce ... Signature." Sceau des Fraisnault.

En gros, il ne peut me faire homme-lige, mais il m'a nommé enquêteur des Fraisnaults - je suis au service d'une famille, en tant que roturier.

Il nous remets une autre grosse bourse en avance sur frais et prend son bateau en nous faisant savoir qu'il attend un rapport écrit que nous pourrons remettre, scellé, à n'importe quel officier du Pacte.

13éme jour. Il reste 8 jours avant l'apparition de la comète.
Retour au village de Lanvorn, le village du Kunnig et de Per Revez.
Nous marchons d'un bon pas et en milieu d'après-midi du deuxième jour de route, nous arrivons. On nous accueille de manière un peu moins suspicieuse que la dernière fois.
Nous commençons par aller prendre des nouvelles de la tailleuse de pierre, histoire de laisser l'initiative aux gens d'ici pour organiser notre accueil.
Un jeune garçon (14 ans) vanne de l'orge. Il nous accueille gentiment.
On passe voir la femme dans sa chambre. Elle est allongée sur le lit. Elle a le regard un peu plus vif que précédemment et elle a l'air un peu moins dans le pâté.
On cause du problème :
Elle a vendu la pierre à Kerbescombes, un village un peu plus au sud, vendue à Venegen. D'après elle, la pierre n'était pas maudite au moment où elle l'a taillée. Le meurtre a eu lieu entre le moment où elle a vendu la pierre et le moment où l'écrivain public est mort.
Je la mets au courant du fait que j'ai remis la pierre à mon employeur : "ce jeune hobereau de campagne", et pour les mercenaires. D'après la miss, seul un sorcier pourrait envoyer autant de monde pour récupérer une pierre marquée par l'amalgame. Je reste dubitatif.
Dengar émet quelques suppositions.

On va voir Per Revez chez lui. On est invité à dîner avec eux. La maman est très gentille. On nous propose ensuite une place au grenier pour dormir tranquillement. On va voir tonton et on le met au courant de ce qui s'est passé sur la route.

14éme jour. Le lendemain matin, nous nous mettons en route. Dengar est complètement à la traîne. Il est inquiet, s'arrête souvent, a des points de côté. Nous arrivons à la nuit tombée, alors que tout est déjà fermé. Nous montons un camp tranquille à quelque distance du village. Au matin, nous sommes réveillés par les gens qui commencent leurs journées.
Bien entendu, les gens sont méfiants mais polis. Les gens font attention à nous. Nous demandons à parler à quelqu'un qui cause l'insulaire. On finit par nous indiquer une maison plus grande et mieux décorée.
Une jeune fille (15 ans) vient nous ouvrir. Elle cause pas bien mais va aller chercher le maître. Un homme d'un certain âge, les cheveux blancs. Questions.
Six jours avant que le colporteur ne vende la pierre, l'écrivain public a été tué, le crâne défoncé après une lutte. Il gisait dans son atelier. Personne du coin n'a fait le coup. Ils n'ont pas vu passer le colporteur et la pierre avait bien disparu en même temps que plein de choses de petites tailles. Il y a du passage mais personne n'avait posé de question sur son compte.
Chercher le colporteur du côté de Spezemen, à trois jours dans l'ouest.
On passe à la bassicote (très anecdotique dans la région et complètement dépassée...) Les gars (des pictes) parlent un insulaire approximatif. Ils sont bien content de nous voir. On refait du vivre.

On marche bien. On arrive à un hameau à la nuit tombante. Les gens nous ferment les portes au moment où on arrive. Les salauds... On s'installe sur la place.

16éme jour. Après une étape soutenue, nous arrivons tard le soir à Spezemen. Une ville entourée de murailles et environ 500 maisons. Les portes sont encore ouvertes. On tente d'aller à la maison des voyageurs - où quelqu'un parle un insulaire correct et où quelqu'un peut nous accueillir pour des tarifs à peine usuraires...
On y trouve :

  • un contingent de marchand pictes qui se demandent s'ils vont pousser jusqu'à Rougecogne ou pas
  • deux esclaves fraîchement libérés des prises insulaires (suite à la bagarre insulaire). Libérés avant la comète comme plusieurs de leurs collègues. Là-haut dans le nord, un insulaire a décidé de vider les prisons avant la comète.

On leur offre à boire et à manger, histoire de faire la paix.

 
Notre général durant l'opposition : "pousse-pion" fahouet de Kalanhel, un petit noble qui servait dans l'état-major tactique qui a réglé le différent commercial. Dans les éclaireurs, on a eu peu à faire avec lui. Il s'occupait plus des fantassins et des cavaliers. D'après les insulaires, un vilain renard, très rusé mais sans beaucoup d'honneur ou de comportement chevaleresque.
Nos braves pictes se baffrent à notre santé, à la santé du général et à la santé d'une bonne guerre bien conclue.
Nuit tranquille.

On fait nos recherches en ville.
On apprend que deux insulaires tournent en ville pour chercher quelque chose et l'un d'entre eux parle picte. Sinon, il n'y a pas de colporteur en ville qui chercheront à rester ici. D'autres sont présents qui vont tenter de se vider les cargaisons avant de filer chez soi. Le soir, les marchands sont partis tout comme les deux anciens esclaves. Par contre, le soir, des gens sont arrivés qui viennent des villages alentours et qui ont loué des chambres pour la durée du temps mouvant.
Les deux insulaires : l'un grand, sombre, courte barbe, jogane. L'autre armure de cuir légère, blond, costaud et râblé, fléau à la ceinture, parle picte.

Finalement, on rentre au village de Lanvorn. On a juste le temps de se mettre à l'abri. On nous attendait de pied ferme et on s'est arrangé pour nous mettre un espace dans une grange derrière des couvertures. On est nommé Gardien des feux- un grand feu communautaire est allumé qu'on doit garder allumer car, durant le passage de la comète, il est parfois difficile de les rallumer. C'est comme ça que nous paierons notre présence. Les gens seront présents dans la grange durant les journées et même la nuit. On ne sera pas trop souvent seuls. Llanwellyin va nous rejoindre aussi, ainsi que des gens un peu loin du village.
Je vérifie qu'il y a assez de bois (au moins une corde). Mais au cas où, si la consommation est un peu bizarre, on pourra toujours aller en chercher dans les maisons autour.

La grange est bien aménagée - de la paille pour dormir, un espace bien dégagé pour la danse et les activités physiques, des vivres séchés, le feu bien protégé pour éviter qu'il ne prenne ailleurs. Seuls les saloirs ne peuvent pas être déplacés, non plus que les racines/légumes dans les caves. On fera donc des courses quand besoin.

La comète passe très bas et très vite. C'est très violent. On a de fortes incitations à rester planqué pour oublier les embrouilles. Je commence à baragouiner le picte et m'insère dans la société en prenant quelques responsabilités administratives. 3XP pendant les quelques jours. Le kunnig nous rejoint. On échange beaucoup sur les herbes, les soins, les chants, la comète... Dengar amuse les gens en tant que saltimbanque.

13 jours de comète et le début du temps du vent d'ailleurs- c'est parti pour 29 jours.
Le vent se lève - des vents tourbillonnants dans ces vallées de montagne. C'est dans les cols que ça va être le plus dur.
On va se relancer sur la piste du colporteur boîteux - à partir de C'hoardazeg. On commence par aller au camp militaire à moins d'une demi journée pour se renseigner sur les mercenaires. Ensuite, on coupera par la montagne.
Au camp, on essaie d'obtenir des infos sur les mercenaires. On apprend que les mercenaires non appointés n'ont pas la possibilité de passer du temps au camp. Donc se planquent en ville. Une unité militaire organisée serait mal vue dans un dispositif militaire comme actuellement sous autorité militaire. Mais les officiers ont reçu des conseils de lever le pied dans la surveillance de genre de chose - en gros, les mercenaires qui agissent dans le coin, on leur court pas après.
Personne n'a donc vu les mercenaires mais j'apprends que les officiers sont bien embêtés. Ils ont un dilemme entre ce qu'ils doivent appliquer (il y a des opérations secrètes dont ils entendent parler, qu'ils devraient arrêter et contre lesquelles ils ont ordre de ne pas bouger) et leur honneur militaire (la rigueur, la discipline). A priori, c'est une mission composite avec des éléments du pacte et des unités des familles, commandant des mercenaires qui complètent le dispositif. Bref, plus personne ne sait qui commande à quel moment - et ils ont horreur de ça !

On décolle en début d'après-midi pour C'hoardazeg, histoire de recoller au bottier. On avance tranquillement dans la montagne. Dengar voit un truc bizarre dans un ravin, un bleu délavé pas naturel dans une forêt. On y va avec de grandes précautions. J'arrive sur les restes putréfio-momifié d'un homme habillé d'un manteau en tartan et de vêtements bleus clairs. Il est mort il y a plus de 20/25 jours, à vue de nez. J'estime le jour quelque part autour du jour où on est arrivé dans le village de Lanvorn. La cause de la mort est une chute relativement spectaculaire qui lui a cassé un paquet de trucs.
On va signaler la position du cadavre. Je lui prend la broche de bronze qui tient son tartan et qui est assez remarquable. On arrive à C'hoardazeg en début de soirée. On est en heure et en temps pour trouver une place dans la maison des voyageurs.

On va voir la veuve après le repas. A priori, c'est la broche de Brann, un ami de la famille. Il a été envoyé à Lanvorn pour chercher la fille et le Kunnig. c'est le seul envoyé et il n'a rien à voir avec celui qui a été voir LL à Bleizi Noz. Le Brann avait le pas sûr, il n'aurait jamais dû tomber comme ça...
mmmmm... étonnant.
Le malheur frappe et il y a une raison derrière tout ça...
La nana est sous le choc. J'obtiens l'adresse de sa soeur et je vais chercher celle-ci pour qu'elle l'aide.

Le lendemain, un peu après l'aube, un groupe de gros barbus viennent nous voir. Ils nous demandent des infos sur l'endroit où est le corps. "ah ! l'ancienne route de Lanvorn..." On leur demande de faire attention aux traces d'assassinat sur le Brann.
En milieu de matinée, elle vient nous voir pour nous expliquer que le colporteur n'a pas fait d'autres ventes. Il est venu par la porte sud, est venu directement faire sa vente et est ressorti aussitôt sur la porte nord. Or sa maison n'est pas spécialement signalée. Donc le colporteur savait exactement de quoi il s'agissait.

Le type qui était venu chercher LL : elle ne le connaissait pas, elle pensait qu'il l'avait suivit depuis Lanvorn, elle ne se rappelle plus ce qui s'est passé avant la chute mais elle a pensé que le type avait cherché du secours.
Personne d'autre que le petit noble n'a cherché à acheter la pierre...

On passe la journée en attendant le retour des chasseurs. Ils reviennent avec Brann et des infos : la nouvelle route de Lanvorn est coupée, un pan de rocher s'est effondré sur la route. C'est pour ça que Brann a pris l'ancienne route. Par contre, là où il est tombé n'était pas directement sur l'ancienne route. Il a dû quitté la route, est descendu puis a glissé. Mais il n'a pas glissé tout seul. Une fracture à une cheville qui ne correspond pas aux blessures sur le corps. Quelque chose lui a brisé la cheville - contondant : coup de fronde ou coup de bâton. Pas simplement la chute de la falaise.

Entre ici et Kerbescombe, il y a deux petits bleds. On obtient de l'aide des chasseurs pour remonter la route - après tout, il y a déjà trois morts (les deux écrivains publics et le Brann) et une tentative de meurtre (La tailleuse de pierre).

On décolle avec Maloet Trefim, deux chasseurs qui vont nous aider à faire se délier les langues. On va avancer doucement : on s'arrête régulièrement, les gars connaissent chaque coin de la zone, chaque surplomb, chaque source. Ils font des détours pour passer par des fermes isolées où des gens âgés répondent dans un picte difficile à comprendre pour nous. Mais, au cours de la première journée, personne n'a vu de colporteu à traîner.
Le soir, on dort dans une grange qu'on nous ouvre dans un petit village.

Le 5 du Vent d'ailleurs, nous reprenons la route tranquillement pour une nouvelle journée frustrante avec beaucoup d'arrêts et peu de renseignements.

Le 6 du Vent d'ailleurs. les chasseurs s'arrêtent à l'entrée d'un four où il y a une trace significative de feu, un peu protégé de la comète par le surplomb sous lequel il a été fait. Ce genre de feu ne correspond pas du tout à un feu de chasseur ou de voyageur pressé. C'est un feu important, pas entretenu pendant une longue durée, un feu où on a fait brûler beaucoup de choses.
Le feu a été brûlé avec du petit bois et des feuilles - mais on a brûlé du papier (beaucoup) et du tissus et quelques éléments. Le papier n'a pas entièrement brûlé, il y a des feuilles avec des écritures noires sur fond noir. Il faut faire attention pour tenter de lire ce qui est écrit. Dengar essaie de recopier une quinzaine de feuille couvertes de picte. Elle y parvient en tirant la langue.
J'envoie les chasseurs chasser. Ensuite je scrute les lieux. D'après moi, une personne est passée par là, un boiteux (pied gauche plus marqué que le pied droit et ce dernier n'est pas dans l'axe du corps). Il a déballé des choses et a bien trié le tout avant d'en ranger une partie et d'en brûler une autre. Il a passé une petite journée sur les lieux.

Le lendemain, on remonte vers le village. On ne trouve pas d'autres traces et, vers midi, on arrive à Kerbescombes. D'après les chasseurs locaux, juste après l'assassinat, ils ont cherché le coupable. Ils n'ont rien trouvé mais, plus tard, en revenant, ils sont tombés sur les traces de pas de cinq types qui tournaient autour de la ville.
Ils n'ont jamais vu de boîteux inconnu ? pas tout de suite avant mais oui, quasiment au début du temps du Lev 70 jours plus tôt. Question : qui a vendu la pierre brute à la tailleuse ?
On passe voir le monsieur aux cheveux blancs pour lui montrer les lettres recopiées :

  • une liste de course
  • cher cousine... patati patata - un brouillon
  • eu égard les circonstances exceptionnelles des décisions prises patati patata - un texte historique (traitant de l'histoire juridique)... bizarre, bizarre
  • etc. etc. des feuilles sans rapports les unes avec les autres

jusqu'à cette dernière lettre :

 

  • "cette serpentine est d'un vert exceptionnel, avec des volutes blanches qui rehaussent le travail. La grille est d'une uniformité parfaite et on sent l'encre mordre dessus... l'harmonie et l'équilibre sont telles qu'on a plaisir à travailler avec." Cette lettre est destinée à quelqu'un... En bas du document, apparaît un prénom : Blanc-murmure, le destinataire du document.

Le nom me dit quelque chose. "Blanc-murmure" Percefeu des Motreaux, l'un des conservateurs des archives des Motreaux. Un type qui possède une position d'une certaine importance - de quoi lui permettre d'engager des mercenaires. Sauf que la lettre ne lui ai jamais arrivée.

En fait - ce que je ne comprend que maintenant - la pierre a été vendue il y a plus de 120 jours à l'écrivain public. Le jeune Fraisnault avait tenté de l'acheter au début des opérations, sans succès, et ne s'est décidé qu'au moment de partir à faire appel à quelqu'un pour récupérer la pierre, quand c'était sa dernière chance. Le premier propriétaire a eu tout le temps d'utiliser sa pierre pendant un assez bon moment. Il a eu le temps d'envoyer la lettre à l'archiviste qui lui même a envoyé des mercenaires escorter une somme d'argent pour racheter la pierre. Mais ça tient pas... L'archiviste est civilisé, il aurait envoyé un négociateur.

Le lendemain, on remonte Lanvorn avec les chasseurs. On a quelques questions pour la tailleuse de pierre. Une grosse journée de marche en pressant le mouvement. On arrive tard dans la soirée. On laisse les chasseurs chez Per Revez et nous on monte chez la fille. Elle est déjà couchée mais vient nous ouvrir au bout d'un moment. Elle relance le feu, on sort un peu de bouffe.