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Journal d'une Mahoutsume : Yuko 01

 
Tôt un matin au Ryokan de l’Oiseau-Tempête, une explosion a retenti. L’établissement entier en fut secoué. Je jetai alors un regard par la fenêtre et je vis d’épais nuages de fumée s’élevant d’un chalutier. C’était l’œuvre d’une de ces horreurs de nano-mines. Mais, surtout, je sentis, un bref instant, la signature d’un Akuma. Je m’habillai en vitesse pour aller régler ce problème au plus vite.

Après avoir passé la foule de curieux, je m’approchai des quais. Malheureusement la saleté des quais encourageait la prolifération des nano-machines. Un Akuma parasite profitait de la confusion et de l’affolement général pour étendre ses tentacules vers la foule. Bien sûr, presque personne n’était en capacité de voir cette agression. Sauf moi, une Mahotsume, ainsi que mes deux camarades ; Kenta, un vieil homme, ancien yakuza et relativement froid, et Ryuichi, un jeune homme troublé par son identité sexuelle et particulièrement étrange, surtout à cette époque où je ne le cernais pas bien.

J’hurlai à Kenta et Ryuichi : « un Akuma ! » avant de me lancer à travers la foule pour l’attaquer. J’observai les tentacules se résorber et retourner se cacher dans le chalutier. Je fis alors sauter ma fidèle invocation, Kanoko, un superbe lion avec une impressionnante balafre au niveau de l’œil droit. Malheureusement Kanoko glissa sur le pont lors de sa réception et je me retrouvai complètement empêtrée dans des filets de pêche. Les saloperies de nano-machines avancèrent aussitôt dans ma direction.

Je tentai aussitôt de brûler le filet grâce à mes pouvoirs, mais cela ne donna pas grand-chose. Les nana-machines m’atteignirent. Heureusement elles ne me firent pas trop de dégâts avant que je puisse répliquer et plusieurs dizaines des robots tueurs furent détruits par les flammes. Kanoko réussit à se dégager et je m’accrochai à lui pour être entrainée par son élan lors de son bond vers le bateau où se trouvait l’Akuma. Ryuichi arrivait lui aussi sur le bateau en question à l’aide d’une barque.

Une puissante détonation retentit. Le chalutier sur lequel je me trouvais l’instant d’avant venait d’être pulvérisé par une explosion. Sûrement une réaction en chaîne entre le carburant et les sorts de feu que j’avais dus utiliser pour me débarrasser des nano-machines.

Nous pénétrâmes à bord de la planque de l’Akuma. J’allais du côté de la cabine pour trouver un escalier jusqu’à la cale tandis que Ryuichi se dirigeait vers l’arrière du navire pour passer par l’échelle. Une fois en bas, après une fouille rapide, nous découvrîmes l’Akuma. Il ressemblait à une sorte de champignon d’où s’échappait des tentacules et des filaments extrêmement fins. L’Akuma semblait n’être qu’à moitié dans la réalité, ce qui lui opérait sur lui une sorte de clignotement des plus déplaisants.

Je lançai ma lame en kium -seul métal capable d’affecter les Akuma aussi certainement que l’acier traverse la chair humaine- vers la créature. Ma première attaque la blessa lourdement, mais la seconde, bien moins précise, alla se planter dans une des nombreuses caisses de bois encombrant la cale. Cela brisa mon élan. L’Akuma répliqua ensuite. Il envoya Ryuichivoler dans les airs et ses deux attaques suivantes se concentrèrent sur moi. Une me manqua, l’autre me percuta lourdement. J’étais désormais au sol, le souffle coupé en deux par l’impact. Et Ryuichi n’était guère dans une meilleure position.

La créature tenta alors de s’échapper. Elle aurait très certainement réussi si Kenta n’était pas intervenu aussi rapidement. Il trancha la créature d’un violent coup. Quelques instants plus tard, Ryuichi m’aidait à me remettre debout tant j’avais de mal à retrouver mes esprits. Puis nous ressortîmes du bateau et nous avançâmes vers le Ryokan pour faire notre rapport à la Chasseuse, Nakame.

Une fois que Nakame eu un peu de temps libre, je lui fis mon rapport, avec autant de détails possibles sur l’Akuma. Après que chacun eu fait son rapport, elle nous envoya voir EmikoItohi, une masseuse aveugle du Ryokan. La masseuse Mahoutsume nous requinqua. Ensuite je retournai dans ma chambre pour changer de vêtements et jeter mon armure, mise en pièces lors du combat. Je ne l’avais pas payé très cher mais elle était d’une qualité plus que médiocre.

Kenta nous proposa de trouver un boulot pour gagner un peu d’argent mais il était sûrement plus prudent de faire une patrouille dans le secteur après ce que c’était passé. Nous nous mîmes donc en route.

Sur le trajet Ryuichi trouva des billets par terre. Puis, alors que nous étions non loin d’un entrepôt, nous entendîmes « Au secours ! On tente d’enlever mon enfant ». Personne ne se posa de question. Nous entrâmes dans les lieux pour découvrir une dizaine de types cagoulés en train d’arracher un enfant de six ou sept ans des bras de sa mère. La mère tenta de s’interposer mais se fit frapper en pleine tête. Elle tomba au sol tandis que les ravisseurs partaient avec le gamin. Mais, heureux coup du sort, leur chemin de sortie était le même que le nôtre pour rentrer. Maudits yakuzas !

Je me mettais sur leur chemin et dégainai mon katana de manière menaçante. Je pris alors quelques temps pour observer les gars, stoppés dans leur élan. C’était des membres du gang Matsuda et ce quartier n’était pas franchement le leur. Un des gars me lança « Ou sinon ? » alors que j’ordonnai aux yakuzas de relâcher l’enfant. Je ne trouvai rien à dire en vérité. Il n’y avait pas de « oui sinon »… Le type face à moi leva alors son arme. Je me téléportai alors derrière lui pour placer ma lame au niveau de son cou.

Mais, alors que je venais d’utiliser ma maîtrise de la magie de l’air pour me retrouver derrière celui qui semblait diriger la bande, je vis mon sabre planté à l’intérieur de son crâne. Je me pétrifiai, complètement abasourdie d’avoir manqué un tel coup.

Je ne me rappelle plus trop ce qui se passa alors mais je crois que Ryuichi menaça les yakuzas qui cédèrent. Moi j’étais trop perdue dans mes pensées pour faire quoi que ce soit. Je regardais juste le cadavre étendu à mes pieds avec mon katana à l’intérieur de sa tête. J’essayais de comprendre ce qui avait conduit à une telle situation. En vain.

Dix minutes plus tard les flics arrivaient sur place. Des flics en lourdes tenues d’intervention. Je tentais de leurs expliquer que je m’étais plantée, que c’était une mauvaise manœuvre, un accident, mais je crains que mes explications devaient être bien confuses à ce moment-là. Ils m’interrogèrent pour savoir où je travaillais. Je répondais tant bien que mal tandis que Ryuichi et Kenta complétaient au mieux.

Puis Itoshi, la Gardienne de l’Oiseau-Tempête arriva. Elle discuta un peu avec moi, m’expliqua comment j’avais manqué mon coup et me conseilla de suivre les cours de NoriOrigoshi, la géomancienne du Ryokan. Ma téléportation avait donc été déviée par les mouvements du Ki à l’intérieur de l’entrepôt. Une erreur que je devais tâcher d’éviter de refaire par la suite.

Les flis nous apprirent que les yakuzas devaient avoir été payés par le père de l’enfant, un type à la sombre réputation qui voulait le reprendre à sa mère malgré le jugement du Rijikaï. Un des flics extirpa ma lame du yakuza et me la redonna. Je prenais soin de l’essuyer avant de la remettre dans son fourreau. La Gardienne m’autorisa à reprendre la patrouille.

Quelques instants plus tard, alors que nous traversions le marché, j’entrai dans une boutique sans faire exprès au lieu de prendre le corridor couvert qui permettait de longer la place. J’entendis alors « Planquez-vous ! » « V’là les yaks ». Je ne compris par tout de suite la situation. On m’interpella : « Voulez-vous quelque chose mademoiselle ? ». Je pris alors je temps d’observer les lieux et je réalisai que j’étais à l’intérieur d’une boutique de tabac et de cigares où des gens faisaient vraisemblablement des jeux clandestins. Je répondis non de la tête et je sortis très rapidement du magasin pour rejoindre mes deux camarades qui n’avaient même pas remarqué mon absence.

Sur le chemin, Ryuichi attrapa un journal. On y parlait d’une recrudescence de la prostitution et notamment des prostituées des rues, un phénomène plutôt rare puisque ce genre de femmes travaillaient plutôt dans des établissements privés selon Ryuichi.

Notre patrouille se termina alors que le soir tombait.

De retour au Ryokan, tout semblait calme. Je me rendais aux jardins pour m’entraîner aux exercices martiaux et évacuer mon stress de la journée. J’y passais une grande partie de la nuit.

Origoshi passait me voir le lendemain en début de matinée. J’étais déjà en train de me préparer. Elle m’annonça que je pouvais faire appel à elle si j’en avais besoin. Mais à ce moment de ma vie je n’aimais pas faire des confidences sur mes faiblesses et je restais donc silencieuse, faisant juste un signe de tête vaguement affirmatif.

Je descendis en bas. Je tombai en bas sur une longue discussion entre Kenta et Ryuichi sur le programme de la journée. Ils interrompirent leur conversation après une sale blague de Ryuichi pour se moquer en duo de mon handicap. Je filai sans plus attendre voir la Mère, Ukiyo.

Dans le bureau de Ukiyo je me plaignais du comportement de mes compagnons. Mais je ne savais pas vraiment quoi lui demander et elle ne trouvait aucune parole réconfortante. Elle me proposa juste de rejoindre Kenta et Ryuichi à la patrouille et de leurs prouver ma valeur. Oui ! Elle avait raison.

Je rejoignais donc mes deux comparses dans le bureau de la Chasseuse, gardant tout de même mes distances. Nakame nous assigna le secteur 4 à surveiller. Elle lança un « ne traîne pas Yuko » alors que je m’attardais dans le bureau. Cela fit rire mes compagnons de patrouille et le propos me blessa malgré l’innocence de son propos.

Alors que nous quittions le Ryokan, un ancien client était en train de se plaindre à l’accueil. Il darda un regard noir sur Ryuich car celui-ci l’avait envoyé promener quelques jours auparavant quand le type l’avait pris pour un serveur. On l’entendit quitter l’établissement en pestant.
Lors de la patrouille, au début de celle-ci, Kenta nous projeta à l’abri en voyant un « drone de combat ». Mais l’objet n’était qu’un simple avion télécommandé.

Nous continuâmes notre patrouille dans les ruelles délabrées. Kanoko s’engouffra soudainement dans un étroit passage et je fus bien obligée de le suivre. Il dégagea un conduit d’un coup de patte d’où émanait une odeur peu agréable. Kenta dégagea le passage plus proprement et découvrit un tunnel. Il nous mena vers un ensemble de couloirs éclairés par des lampes à led.

Nous avançâmes dans cet endroit un peu lugubre, jusqu’à ce que quelqu’un nous stoppe. Il nous cria presque aussitôt de dégager. L’homme avait l’apparence d’un Matsuda. Ryuchi tenta de discuter mais le type ne semblait rien vouloir entendre. Il réitéra son ordre et ajouta « …et en moins de quinze secondes, même en boitillant ».

Cela commença à me mettre en colère cet acharnement contre mon handicap. Une sorte de moquerie du hasard assez désagréable. Je sortais mon arme et je tapais dans la sienne pour le désarmer. Le type se jeta alors sur moi, me jeta au sol et m’étrangla. Je perdis connaissance.

Quelques instants plus tard, je me souviens vaguement que Ryuichi m’aida à me relever. Mon agresseur convulsait au sol. Il se calma heureusement assez vite.

Nous observâmes un peu les lieux. Le gars semblait habiter là. Kenta trouva des plaques militaires sur lui. Le foulard de Matsuda s’avéra n’être que de la récupération finalement. Le type avait un tatouage sur lui : une épée ailée.

Nous rentrâmes ensuite au Ryokan de l’Oiseau Tempête. Nous examinâmes les affaires du gars. Sur les plaques se trouvait un nom : James Avoy. Un nom de quelqu’un de la Sphère selon toute vraisemblance. Nous l’amenâmes assez vite au médecin du Ryokan. D’autant qu’avec son matériel cybernétique, pas fait pour supporter les énergies Ki, celui-ci risquait de graves troubles neurologiques.

On récupéra un drone de surveillance pour le placer devant la planque du soldat de la Sphère. Mais, au moment de sortir du Ryokan, le client mécontent, rencontré plus tôt dans la journée, tira une rafale sur Ryuichi qui tomba en arrière. J’appelai aussitôt des gens pour lui venir en aide tandis que Kenta coursa le fou furieux sans réussir à le rattraper malheureusement. Des employés du Ryokan vinrent chercher Ryuichi pour l’emmener chez le médecin.

Nous repartîmes un peu plus tard terminer notre patrouille sur le regard fier de la Chasseuse qui appréciait sûrement notre acharnement. Nous installâmes donc le drone pas loin de la planque de James Avoy. Kanoko continua de fouiner et dénicha une planque où se trouvait un jambon. Il y avait aussi du petit matériel et de l’argent. Je partageais tout cela avec mes camarades.

Puis, après notre retour au Ryokan, nous nous installions dans le salon. Les infos diffusées n’étaient pas des plus réjouissantes. Le groupe Richelieu annonçait une future avancée scientifique majeure. Mais le groupe Richelieu, petite structure au début de la guerre, était devenue un puissant groupe spécialisé dans la recherche médicale et génétique. Un groupe pas vraiment connu pour sa bienveillance.