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ASATA 005

 
« A ton avis que s’est-il passé, demande Voyageuse.
- Difficile à dire. Mais on dirait bien que le Busard a envoyé des hommes une nouvelle fois, commente Vision devant les ruines encore fumantes de la maison de Charmanq au bord du lac.
- Avec des lance-flammes, on ne peut pas dire qu’il y soit allé de main morte. On dirait bien que nos cibles ne sont pas les fauteuses de troubles que nous pensions. J’ai même le sentiment qu’elles foncent au travers de grands dangers.
- Nous ne pouvons pas les aider, ce n’est pas notre rôle, tranche Vision d’un ton plus ferme qu’à l’accoutumée.
- Je sais bien… Mais notre mission ne correspond plus aux informations que nous avions jusqu’à maintenant.
- Tu as raison Voyageuse… Contentons-nous de suivre la piste et nous verrons ensuite. J’ai un mauvais pressentiment. Je crois que nous ne sommes pas les seuls à suivre cette piste. Soyons prudents ! »

 

« Que font-ils ici ? Ces sont des voyageurs eux aussi… des foutus Éveillés ! Crache Minuit avec une rage contenue.
- Si tu les dis… Quelle impor…, commente Masque avec un air narquois sans pouvoir finir sa phrase, la main de Minuit pressée sur sa gorge.
- Écoute bien Masque, prévient Minuit en approchant le visage de son acolyte près du sien, je supporte tes commentaires fantasques et ton attitude insolente depuis bien trop longtemps. Dis-moi ce qui m’empêche de te broyer le cou sur le champ ?
- Tu… tu… Voyant que Masque n’arrive pas à prononcer le moindre mot, Minuit relâche légèrement la pression. Tu as besoin de moi ! Je suis le seul à pouvoir te conduire jusqu’à eux ! Et, je suis certain que tu le sais aussi et que c’est pour cette raison que tu acceptes si souvent mon comportement.
- Admettons. Mais tu devrais te tenir à carreau un moment. Je suis passablement agacée de nos recherches infructueuses.
- Sauf que grâce à ces deux individus que nous observons, bien cachés de leurs regards grâce à mes habiles capacités de dissimulation, notre piste n’est pas si froide que cela. Je dirai même qu’on chauffe. »

 


Le médecin se lave les mains et se frotte le visage avec de l’eau. Des bruits proviennent de la salle d’attente. Il ouvre les portes à doubles battants et se dirige vers une infirmière qui est en train de bloquer le passage à un homme habillé de noir, qui pourrait très bien être un gangster ou quelque chose du genre. L’homme voit le médecin arriver et l’interpelle aussitôt :
« Docteur. Excusez-moi de vous déranger, je suis l’agent Flint de la Pinkerton. Moi et mes collègues nous sommes à la recherche de trois suspects, une jeune femme aux cheveux blonds, un grand type plutôt baraqué et un homme bien habillé d’une quarantaine d’années. Ils transportent avec eux des blessés très certainement. Nous pensons donc qu’ils se sont cachés dans votre hôpital.
- Nous n’avons eu aucune visite depuis un moment, hormis les gens de la ville bien entendu.
- Vous permettez qu’on jette un petit coup d’œil alors, rétorque l’homme en noir en écartant l’infirmière d’une main ferme, un mouvement presque brutal.
- Je vous assure qu’il n’y a aucune personne dont vous venez de me faire la description dans mon hôpital. Je vous demande de quitter les lieux et la ville par la même occasion.
L’homme en noir se fige soudain puis fait demi-tour, sort du bâtiment et s’approche de la voiture qui l’a amené ici. Il fait signe à ses comparses et ils remettent les moteurs en route pour quitter la ville de Montpelier, une bourgade de sept milliers d’habitants, mais aussi la capitale du Vermont.
« Vous pouvez sortir de la salle d’attente, annonce le médecin. En face de lui trois personnes sortent d’une pièce avec la plus grande des prudences ; quand ils se trouvent non loin de lui il poursuit. Le vieil homme que vous avez amené est tiré d’affaires. Pour la jeune femme elle va bien mais je ne peux rien pour son état inhabituel. Quant aux gens qui vous poursuivent ce ne sont pas des agents de la Pinkerton mais ils risquent de revenir bien vite. Je ne peux que vous conseiller de quitter la ville sans trop tarder. »
Peu de temps après le trio et une femme à la peau de serpent quittent l’hôpital. Ils s’en vont au volant d’une moto et d’une belle voiture sombre.
« Et alors ? Pourquoi t’arrêtes-tu ? Demande Minuit. »
Masque se tourne lentement vers elle. Son teint est pâle alors qu’il ôte sa main du visage du médecin agissant dans sa vision.
« Cet homme est doté d’un pouvoir. Le contrôler ainsi et piocher dans sa mémoire pour lui faire revivre des évènements passés n’est pas si facile. Je suis épuisé.
- Et cette scène s’est passée quand ?
- Il y a quelques jours au plus. Je n’ai remarqué aucun élément dans le décor qui me permette de faire une datation précise malheureusement.
- Rien sur la destination de nos cibles ?
- Non. Je me rappelle de vagues questions sur l’état de la jeune femme à la peau de serpent à l’attention du médecin. J’imagine qu’il s cherchent un remède pour la guérir.
- Et comme ils ne sont pas, d’après ce que nous savons, des grands adeptes de la magie, ils vont chercher des réponses où il y en a. Dans une université ou quelque chose du genre paraît le choix le plus adapté.
- Si tu le dis, conclut Masque en tapotant le corps du médecin endormi dans son lit. Merci pour tous les renseignements mon pote. »

 

« Bonjour. Non ne vous levez pas, vous êtes tombés et vous êtes probablement encore un peu faible, prononce Vision d’une voix apaisante.
- Qui êtes-vous ?
- Ce n’est pas très important. Disons que je suis un enquêteur. J’ai quelques questions à vous poser. Est-ce que vous voulez bien y répondre ?
- Oui… Oui bien sûr.
- Qu’avez-vous fait à l’université de New York pour être arrêté par la police ?
- J’ai brisé une vitre pour pénétrer dans la bibliothèque. Je cherchais des ouvrages précieux. J’en ai récupéré plusieurs mais au moment de m’emparer d’un livre je me suis senti bizarre et quand un des professeurs est arrivé dans les lieux je ne sais pas pourquoi mais je lui ai sauté dessus pour le frapper. Ce n’était pas moi. Je vous jure ! Je n’étais plus moi-même !
- Oui, je comprends. Je suis sûr que vous dites la vérité. Vous souvenez-vous du nom du livre ?
- Oui, il est gravé dans ma mémoire comme une marque au fer rouge. Il s’appelait : Contes et Légendes d’Opher.
- Vous vous souvenez de son contenu ?
- Je ne l’ai jamais lu. Pourtant, au moment où je vous parle j’ai le sentiment de savoir exactement de quoi il parlait.
- Pouvez-vous me le dire ?
- C’était un ouvrage du Cercle Eleusophique Uranien, une sorte de transfuge de la société Théosophique dont le grand maître, et auteur du livre, est Patrick Gorsav.
- C’est le même nom que le blessé que nos cibles ont amené à l’hôpital dans le Vermont, murmure Voyageuse avant de mettre la main sur sa bouche en voyant qu’elle trouble la concentration de Vision. Désolée…
- Monsieur vous m’entendez ? Concentrez-vous sur ma voix ! Que fait cette société ?
- Euh… Elle… elle prône que l’évolution de l’Homme et son développement est lié à l’existence de créatures extraterrestres venues d’Uranus.
- Et ensuite ?
- J’ai été enfermé au commissariat, mais, sans que je sache comment, j’en suis sorti, appelé de nouveau vers l’université et la bibliothèque. Je devais retrouver le livre laissé derrière moi !
- Et vous l’avez fait ?
- Oui… Oui ! Quand je suis entré dans la bibliothèque il y avait trois personnes en train de fouiller dans les lieux. Une blonde au visage tacheté s’est adressée à moi. Il y avait le livre sur une table proche d’elle. Je l’ai pris… et… et après je…
- Chut. Ca va aller ! Reposez-vous un peu maintenant. Vous l’avez bien mérité. »
Le jeune homme ferme les yeux. L’instant d’après Vision referme le verrou du caisson métallique de la morgue du commissariat central de New York.
« Bravo Vision. Nous avons un nom maintenant et étant donné que nous sommes dans un commissariat de police, je pense qu’il ne va pas être très difficile de trouver l’adresse de ce Patrick Gorsav pour en apprendre plus.
- Je suis sûr que les personnes que nous suivons ont eu le même raisonnement.
- Moi aussi. Dépêchons-nous ! »

 


« Oui. C’est Clik ! Trois personnes ont pénétré la propriété de maître Gorsav. Une femme et deux hommes. Ils ont blessé un gardien à l’entrée et le test a confirmé que l’un d’eux est un sorcier. Je les ai enfermés dans le complexe. Envoyez des renforts pour protéger le complexe. Je dois savoir ce qu’ils savent et ce qui les a conduit jusqu’à nous. »