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ASATA 003

 
« Bonjour, dit Vision d’une voix douce et apaisante.
- Euh… Bonjour.
- Non ne vous relevez pas. Resté allongez, ça sera bien mieux, ajoute Vision en pressant très légèrement sur la poitrine de son interlocuteur pour qu’il s’appuie complètement sur le sol où il est étendu. Quel est votre nom ?
- Je suis l’officier Wilbart.
- Et de quoi vous rappelez-vous ?
- Ce n’est pas très clair. Le chef de gare venait de se faire attaquer et j’étais venu observer les lieux de l’attaque pour faire mon rapport. Mais il y avait quelqu’un dans son bureau. Une jeune blonde au visage constellé de tâches. Je lui ai demandé de sortir, mais elle a douté de ma qualité d’agent de police et j’ai dû sortir ma carte pour lui prouver. Ensuite un homme est arrivé. Une baraque le gars. Il semblait être avec la blonde. Mais là, il a sorti son arme. J’ai senti quelque chose derrière moi. J’ai eu à peine le temps de me retourner pour voir une monstruosité à la peau grise toute parcheminée. Je me demande bien de quel animal il s’agissait. Vous avez eu la bête ? Elle est partie ? J’ai vraiment cru que j’allais y passer.
- Chuuut. Fermez les yeux. Ne vous inquiétez pas. Vous avez été blessé mais les secours arrivent. »

L’agent Wilbart prend une profonde inspiration et ferme doucement les yeux comme vient de le lui conseiller Vision. Une voix féminine s’élève alors dans la gare de Willkins :

« C’est la créature que nous cherchons qui l’a tué ? Demande Voyageuse.
- Oui… Mais elle est morte elle aussi. Je pense que les personnes que nous cherchons l’ont abattue. Ce qui n’était pas une mince affaire ! Ce ne sont clairement pas des gens ordinaires, sinon un ou plusieurs d’entre eux seraient morts eux aussi.
- En même temps, ce n’est pas pour faire du mauvais humour, mais je me vois mal voyager à travers les mondes et le temps juste y rencontrer des « gens ordinaires ». Il y a des moyens bien plus rapides et plus faciles pour cela.
- Je sais bien…
- Qu’est-ce qu’il y a ?
- Je sens la présence d’une autre mort. Elle est plus ancienne que celle du flic. Mais il y a quelque chose de bizarre avec elle. »

Vision sort de la gare, observe les alentours, ignore un groupe de gens qui se rapprochent du bâtiment dont il vient de sortir en compagnie de Voyageuse. Des hommes et des femmes qui les ignorent d’ailleurs tous les deux, comme s’ils n’étaient pas vraiment là. Vision se rapproche d’une place de parking, se penche pour toucher le sol où se trouve une tâche noire de sang séché. Vision se concentre et soudain un visage fantomatique apparaît devant lui.

« Où suis-je, demande l’entité en proie à la peur.
- Ce n’est pas très important, répond Vision de sa voix posée habituelle. Quels sont vos derniers souvenirs ?
- Rien. Enfin, j’étais installé dans ma voiture devant la gare. Je suis Billy Shéridan et je suis voyageur de commerce. J’étais venu chercher trois personnes pour un certain monsieur Charmanq. Mais soudain quelque chose est tombée sur le toit de la voiture. Je n’ai pas eu le temps de réagir qu’une main griffue est passée par la fenêtre. Et… Après… Je n’ai plus aucun souvenir de la suite.
- Dites-moi monsieur Shéridan, où deviez-vous conduire ces trois personnes ?
- Je ne sais pas trop. Une maison un peu perdue près d’un lac. Je n’ai jamais vu l’endroit mais j’avais une carte pour m’y mener. Attendez je vais la retrouver.
- Non, ce n’est pas la peine. Ce n’est pas si important. Reposez-vous maintenant, conclu Vision.
- Il te reste une piste ? Demande Voyageuse.
- Oui. Les personnes que nous cherchons ont embarqué le corps de ce cher voyageur de commerce. Il suffit de suivre le chemin laissé par son esprit et nous retrouverons l’endroit où ils sont allés.
- En attendant nous ne pouvons pas nous permettre de rester plus longtemps. Prends ma main, nous rentrons pour le moment.
- Oui. C’est plus prudent. »

 

Matt Hearn descend de sa voiture, faisant signe à ses hommes de se mettre en position. Il observe la grande maison en bois, sorte de cabane de chasse luxueuse au bord d’un lac. La maison dispose d’une petite grange sur le côté et, non loin, sur la rive du lac, un hangar à bateaux tient debout malgré le manque d’entretien évident. Au bord du chemin de terre, à quelques mètres de la baraque, se trouve une marque d’herbe brûlée. Un sacré feu a dû s’y produire. De quoi brûler un corps ou deux.

Matt Hearn entre dans la maison. L’endroit est luxueux. Un énorme masque africain avec de nombreuses excroissances sculptées se tient en face de l’entrée. Il y a aussi de nombreuses bêtes exotiques empaillées qui forment la décoration pour le moins surprenante des lieux. En face de lui se tient une délicieuse blonde dont le haut des pommettes et le nez sont constellés de tâches de rousseur. Non loin d’elle, se relevant tout juste d’un fauteuil de cuir confortable, se tient un homme bien habillé aux courts cheveux plaqués de manière élégante sur le crâne.

Matt Hearn avance vers la jeune femme et commence à l’interroger sur sa présence dans les lieux. Elle joue les impertinentes, se rebelle, et finit par interroger le mafieux sur la peur. Une sorte d’empathie étrange et profonde se crée entre elle et lui pour lui transmettre une peur. Mais ce genre de peur il le connait déjà. Il a vu bien pire même. Un sentiment irrationnel vis-à-vis de son boss jaillit dans son esprit mais il l’ignore, par crainte que ce sentiment le dévore complètement.

Matt Hearn fait signe à la jeune blonde de s’asseoir, mais elle s’y refuse. Il la force alors à s’installer sur un fauteuil et alors qu’elle ouvre la bouche, il lui envoie un revers de main plutôt violent à travers la figure. En silence, le regard noir tourné vers lui, elle crache du sang sur le sol. L’homme bien habillé tente de s’interposer mais un homme de main du mafieux pointe une arme sur lui. S’en suit un long moment de flottement quand les malfrats comprennent qu’un autre individu est caché à l’étage avec une arme, quand le type bien vêtu reparle d’une soirée de charité où certains de leurs camarades sont tombés, quand la blonde parle de créatures étranges.

Matt Hearn profère des menaces. S’empare d’un objet qu’un de ses agents est allé chercher à l’étage et retourne vers les voitures. Toute la troupe embarque à bord des véhicules et s’éloigne. Jusqu’à ce qu’un éclair tombe du ciel pour toucher le masque volé dans la maison quelques instants auparavant. Le masque est intact, mais les voitures ne sont plus que des épaves fumantes, comme les gangsters. Matt Hearn vient de mourir.

« Putain ! Putain putain putain ! Espèce d’imbécile ! Jure Masque dans un excès de rage qui résonne dans toute la pièce sans mur où il se trouve.
- Quel est ton problème le cinglé ? Demande Minuit en baissant le livre qu’elle était en train de lire, jusqu’à entrevoir Masque gesticulant dans tous les sens tel un brûlé qui sort d’un bâtiment en feu.
- Cet enfoiré d’imbécile est mort ! J’étais à deux doigts de me servir de lui pour faire une ancre et il est mort ! Putain !
- Bien… Tu as encore échoué ! Alors maintenant ferme-la et laisse-moi trouver une solution à notre problème.
- Et tu crois vraiment que tes maudits bouquins vont t’apporter la moindre petite solution ? Lance Masque tout en se rapprochant de Minuit. Tu te trompes compl…, complète-t-il partiellement avant de s’écrouler au sol, emporté par un puissant coup de pied dans le genou gauche.
- Sshhh, termine Minuit ».

 

« Allô ? Nikky, ici Lance. Je t’ai trouvé un job au Coiled Serpent. C’est un Speak Easy de Manhattan Sud. C’est un lieu de deal d’alcool qui appartient à Tommy Mac Kay, aussi appelé le Busard. Je suis sûr que c’est lui qui est à nos trousses. Je vais intégrer leurs rangs comme soldat. Toi tu pourras produire ta musique là-bas. Avec un peu de chance tu y choperas des infos. Mais fais-gaffe ! De nombreux gangs ont intégré celui de Tommy et il ne manque donc pas d’hommes de main. En plus on dit que les membres originaux du gang sont de vrais malades sans aucune limite. Te fais pas d’ennemis, ça pourrait être dangereux. Ouais… c’est ça ! A d’autres ! Évite juste de jouer l’effrontée pour une fois. Et surtout, ne te présente que sous ton nom de scène. Comment ça ? Tu crois que je l’ai retenu ? Ashes… Ok Ashes ce n’est pas déjà un peu provocateur ? ».