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AMI : Chapitre 06 : Un passager dangereux

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En mer méditerranée, Juin 1888

Après le suicide de la jeune femme le bateau reprit sa route. A bord, rien ne semblait avoir changé. Les fêtes continuèrent dans les belles salles du pont supérieur et les discussions angoissées disparurent bientôt des tables.

Il était temps de ratisser le bateau et de trouver une piste sérieuse sur l’étrange personnage qui paraissait capable de manipuler les esprits et les sentiments. Nous commencions par le pont supérieur car ce qui m’est arrivé et le drame avec la jeune femme étaient partis de là. Je demandai à Naama d’envoyer son singe flairer des objets inhabituels. Elle prétexta que son animal de compagnie n’était capable que de repérer les bananes. J’en doutais beaucoup.

Après une recherche infructueuse sur le pont supérieur, Vassilia décida d’interroger l’oncle et la tante de la suicidée. Ils confirmèrent que c’était une fille plutôt fragile. Si elle a ressenti la même tristesse que moi le lendemain de ma nuit avec mon amant pitoyable, je comprenais que son aventure eut obscurci ses pensées au point de se jeter par-dessus bord. D’autant plus qu’elle avait offert sa virginité à cet homme.

Ensuite je perdis la trace de Vassilia pendant un bon moment. Elle était allée voir le médecin, qui était certain que la mort résultait bien d’un suicide, et le capitaine du bateau afin que nous puissions avoir accès aux plans du navire. Il nous avait autorisé aussi à fouiller dans la liste des passager pour y dénicher d’éventuels suspects. J’imaginais que l’autorisation n’avaient pas été présentée ainsi, mais au final cela revenait à ça.

Nous fouillâmes donc la listes des passagers à la recherche de suspects potentiels : des hommes célibataires entre trente et trente-cinq ans.

Après une rapide visite, aucun de ceux que nous avions noté ne pouvait correspondre au type que nous cherchions. Il y en avait bien un, Mr Frog, un Ecuyer anglaisSir Flynneas Frog, Esq. en fait. Excentrique joueur de whist et riche dilettante anglais. Esquire est le plus petit titre de la noblesse anglaise - de là à le traduire en écuyer sans perte de sens, ma foi, je laisserai nos lecteurs en décider. , mais il passait toutes ses soirées aux tables de whist.
Nous revenions une nouvelle fois au point de départ, sans piste à suivre ou indice intéressant. Vassilia décida d’inspecter la chambre de la défunte.

Naama et moi l’attentions sur le pont supérieur, à surveiller les lieux au cas où notre butor manipulateur sévisse de nouveau quand notre compagne vint nous informer de ses découvertes. Elle avait retrouvé un drap blanc tâché de sang qui confirmait que la jeune femme avait perdu sa virginité, des restes de tabac turc et des pièces qui avaient du glisser de son pantalon. Des pièces provenant d’une variété incroyable de pays.

Le lendemain nous passions le détroit d’Ortento le long de la côté italienne pour faire un arrêt à Brindisi.

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Le vieux port et le château - les rues de la ville

Arrivées à Brindisi, nous descendîmes du bateau pour aller faire un tour. Ce fut au même moment que le singe de Naama s’excita sur son épaule. Il fallut que la jeune guide désigne quelqu’un du doigt pour que Vassilia et moi comprenions le pourquoi de son agitation. Il fumait. Et, à humer profondément l’air, une odeur particulière de tabac le suivait. Vassilia m’affirma que c’était la même que celle présente dans la chambre de la jeune suicidée.

L’instant d’après je fendis la foule de passagers pour arriver le plus vite possible aux douaniers qui contrôlaient le flot de passagers. Je traçai ensuite derrière le type. Il était déjà en haut d’une rue, se dirigeant vers le centre de Brindisi, quand je réussis à passer le contrôle. Je trottinai dans sa direction afin qu’il ne prenne pas trop d’avance. Derrière moi j’aperçus que Vassilia et Naama me suivaient.

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Quelques minutes plus tard, l’homme que nous suivions bifurqua vers un bistrot. Il s’installa à une table. Nous nous installâmes non loin de lui. Le type était d’un physique banal, assez mince. Il finit son journal et entra dans le café. J’en profitai pour le suivre. Il entra dans les toilettes pour hommes (en bas de quelques marches) et je fis de même.

A peine je fus entrée dans les lieux qu’une main me plaqua contre le mur. Il s’agissait de l’homme que j’avais suivi. Puis, l’instant d’après, j'étais assise sur le sol pavé. Un moustachu se trouvait devant moi. Il me demanda si j’allais bien. Il avait une tenue de serveur et un accent italien parfait. Rien à voir avec mon agresseur. D’ailleurs je ne me rappelai pas de grand-chose au sujet de ma mauvaise rencontre. Le seul souvenir encore dans ma mémoire était un poing qui s’avançait vers moi. Il y avait une bague ou un objet métallique au bout. Il y eut un éclair lumineux et après plus rien avant le visage du moustachu inquiet.

Je ressortis des toilettes. Naama était là. Elle me montra mes yeux. Je regardai dans mon miroir de poche pour y découvrir des reflets métalliques étranges qui s’estompaient déjà. Nous allâmes faire un tour du bar et poser quelques questions à droite à gauche pour retrouver sa trace, mais nos efforts furent vains. Je décidai de rentrer au bateau, à moitié mal à l’aise vis-à-vis du sentiment d’impuissance que mon agression avait fait naître en moi. Cette sensation était détestable. Et je n’avais aucune envie de lui courir après. D’ailleurs il serait probablement obligé de remonter à bord du Daram Salam. Vassilia rentra avec moi, peu rassurée à l’idée de me laisser seule.

Toute l’après-midi je m’entrainais sur le pont pour me défouler et m’entraîner. Naama nous rejoignit en fin de journée. Elle dit que le type est revenu à bord par l’entrée des chargements. Il avait une mallette à la main. Celle-ci contenait l’argent d’une banque que notre étrange individu avait récupéré des mains d’une autre personne. Un drôle d’échange.

Au cours de l'après-midi, Naama a été témoin du hold-up de l'une des grandes banques de la cité. Des coups de feu (deux morts parmi les clients) et le bandit qui fuit rapidement puis ralenti pour prendre un pas posé après avoir tourné dans une petite rue. L'homme - qui sera plus tard présenté par les journaux comme un anarchiste - se dirige vers le port, retrouve le scélérat que les jeunes femmes surveillent, lui remet le sac et retourne en ville se faire tuer par la police.
Durant ce temps, l'homme mince retourne à bord du navire, passe sans vrai souci par une passerelle secondaire (pour le chargement des denrées fraîches) et se fond dans les entrailles du paquebot.

 
Avait-il influencé les pensées de cette personne pour l’obliger à cambrioler une banque ? Très probable… mais nous nous n’en aurons jamais aucune preuve…

Nous mettions le capitaine au courant de la présence d’un passager clandestin et, dès le lendemain, nous participions aux recherches sur l’ensemble du navire pour lui mettre la main dessus. Malheureusement les recherches ne donnèrent rien. Il faut dire que notre cible avait les moyens de rester discrète en manipulant les souvenirs des éventuels matelots qui l’aurait croisé. Quel salopard ! Il n’allait pas s’en tirer si facilement.