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vastemonde_3b_004

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 +Alors que les malfrats à la solde du fils Beaujoie venaient de quitter l’auberge des Trois Barbues, le nouveau propriétaire,​ le gobelin Krenkô, et ses trois comparses entamèrent une conversation avec Othine et Léa, les deux serveuses. Elles se présentèrent comme locataires, serveuses de salle et « travailleuses indépendantes » – ou prostituées. Elles montrèrent très vite leurs contrats de travail aux nouveaux venus, insistant sur le fait qu’elles ne payaient pas de loyer, mais que leur salaire n’était constitué que des pourboires et de leurs passes. Krenkô se montra rassurant sur le sujet et promit de ne pas toucher à ces contrats. Si elles semblèrent satisfaites,​ ce n’était pas le cas de Cyra et Gaëll, qui savaient pertinemment que la parole du gobelin ne valait aucune certitude. La devise « les paroles s’envolent et les écrits restent » est fondamentale à Basile suivant l’interlocuteur ou l’interlocutrice.
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 +S’en suivit une visite complète de l’établissement. Le rez-de-chaussée était composé d’une grande salle de restauration avec une imposante cheminée au centre du mur opposé à l’entrée. Une des choses les plus étranges était la présence d’une grande fresque peinte autour de l’âtre qui représentait des scènes de batailles anciennes. D’ailleurs,​ juste au-dessus de la cheminée, comme une ode à une gloire passée, était fièrement accrochée une lourde épée à deux mains, celle de l’ancienne mercenaire hobgobeline : Irène.
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 +Sur l’un des côtés de la salle principale se trouvait le bar, derrière lequel une porte menait aux cuisines, qui donnait elle-même sur une étroite ruelle pavée avec un puit. La ruelle, à son extrémité,​ comportait un accès à une cour intérieure où se trouvait un appentis. Du côté opposé de la salle principale une solide porte séparait l’auberge d’une petite pièce remplie d’étagères qui servait parfois de commerce éphémère. ​
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 +Au premier étage, dans un petit salon juste au-dessus de la boutique, était disposé quelques fauteuils confortables et une table ovale. Othine et Léa désignèrent leurs chambres avant de définir la grande chambre centrale comme étant occupée par Lanfranc de Landerac, un ami de la défunte propriétaire,​ et vieil écrivain légèrement reconnu. Le deuxième étage suivait une configuration assez similaire si ce n’était que la grande chambre centrale fut celle d’Irène et que les deux autres étaient des chambres d’amis, parfois louées à des clients réguliers. Malheureusement la porte d’Irène était fermée et les deux serveuses mirent en garde les nouveaux arrivants ​ contre une ouverture forcée. Apparemment un membre de la bande Beaujoie avait déjà essayé… non sans y laisser des plumes.
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 +La clientèle des Trois Barbues, d’après les dires d’Othine et Léa, était essentiellement gobeline. Il faut dire que la cuisine d’Irène était particulièrement adaptée à ce public. Si certains habitués ont continué de venir après le décès d’Irène, nombreux sont ceux qui ont peu à peu désertés les lieux. Othine et Léa ont bien tenté de reprendre le flambeau de la cuisine mais elles étaient bien moins expertes dans le domaine. D’autant qu’elles n’avaient pas tous les contacts des fournisseurs d’Irène. ​
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 +Elles racontèrent ensuite la venue de Monsieur Beaujoie fils, installé depuis près d’un mois dans l’établissement qu’il commençait à considérer comme étant le sien. Le père, Ektean Beaujoie, est un membre influent du quartier. Mais ses affaires n’allaient alors pas pour le mieux. En effet, un riche patricien du quartier venait tout juste de porter plainte contre lui pour « défaut de protection ». Comme quoi il ne s’agit pas toujours de simplement rançonner les habitants, encore faut-il tenir cette fameuse mesure de protection dont bon nombre de malfrats réclament le paiement assidu. La riche personnalité en question était un certain Iorinus de Rotary Doline qui avait engagé des Lames – sortes de compagnies mercenaires – pour enquêter sur le sujet et trouver des éléments contre le père Beaujoie.
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 +Gaëll proposa alors de remercier Ektean Beaujoie de la protection exercée par son fils sur les Trois Barbues. Une façon habile d’apaiser les éventuelles tensions et de ne pas attirer d’inimitiés inutiles. Cette idée fut partagée par les autres, même Krenkô, qui dut se ranger à l’avis général. Cyra elle commençait déjà à dresser une liste des choses importantes à faire, comme trouver une nouvelle cuisinière ou encore définir les tâches des uns et des autres. En effet, à ce moment-là, ​ l’établissement ne pouvait générer les revenus suffisants pour faire vivre toute la bande. Il était important de redorer l’enseigne de l’établissement et probablement de réfléchir à de nouveaux services pour trouver sa place dans le quartier.
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 +La bande décida de se rendre à la propriété des Beaujoie, non sans avoir pris le soin de demander aux deux serveuses des Trois Barbues de leurs indiquer le chemin à suivre. Ainsi ils se firent un peu au quartier de la Montagne Saint Doline qu’ils connaissaient à peine. ​
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 +Sainte Doline comportait alors près de vingt milliers d’âmes et possédait cinq portes :
 +  * La porte des Hurles (celle qu’il avait traversée et qui donnait sur un étroit canyon rocheux)
 +  * La forme Becqüe (vers un quartier maritime)
 +  * Les Steppes de Rougelime
 +  * Castra Pendulinum
 +  * Le Manoir Sardac
 +  * 
 +Sainte Doline était un quartier de Basile extrêmement exploité pour ses pierres. D’ailleurs les anciennes carrières furent très vite adoptées par les gobelins pour devenir Blinville – la zone de n’importe quel quartier ou ville qu’on attribue généralement aux gobelins car ils vivent en décalé par rapport au reste de la population.
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 +Depuis plus d’un siècle le quartier de la Montagne Sainte Doline était aussi un grand constructeur de capelins de chantiers. Ces énormes golems remplis de gelée ocre – une créature à l’intelligence primitive ressemblant à de la simple gelée de fruits – permettaient d’y immerger un pilote afin de diriger l’engin via une osmose avec la créature ; des censeurs magiques placés sur les capelins octroyant au pilote une vision de l’environnement proche. ​
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 +Pour en revenir à notre petite bande, ils circulaient d’un pas calme au travers du quartier, observant avec attention ce nouvel environnement. Les belles maisons des patriciens vers lesquelles ils se dirigeaient se trouvaient au nord, juste avant un mur séparant la ville d’une zone appelée le Marais Blanc.
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 +Gaëll soumit l’idée à ses camarades de se choisir des rôles, afin que Monsieur Beaujoie croit qu’il ait à faire à une bande solidement organisée. Ile voulait aussi par ce biais redonner du pouvoir d’agir à chacun, afin que tout le monde se sente impliquer dans le nouveau projet qui se présentait à eux. Krenkô hérita du rôle de patron des Trois Barbues – ce qui semblait lui convenir, Osgarda de cheffe de la sécurité, Cyra de conseillère,​ quant à Gaëll ile s’attribua le rôle de factotum. ​
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 +Devant la maison d’Ektean Beaujoie, la bande découvrit une belle place pavée soigneusement entretenue, suivie d’un grand porche donnant accès à la cour intérieure d’une riche maison. La porte de la cour était grande ouverte mais deux solides gaillards montaient la garde, assis sur un banc. Gaëll s’approcha d’eux alors qu’ils se levèrent calmement, conscients que les chances qu’on vienne les ennuyer sur leur territoire étaient plutôt faibles. Surtout en plein jour. Gaëll présenta chacun de ses comparses et émit le désir de Krenkô de rencontrer Monsieur Beaujoie. L’un des garda s’en alla prévenir son boss tandis que l’autre scruta attentivement et en détails les nouveaux venus. Sûrement fut-il frappé par l’étrange hétérogénéité du groupe : du frêle petit gobelin, à la massive orque de plus de deux mètres, en passant par l’humain au sexe indéfinissable et l’elfe noire dont la tenue de cuir noire cintrée avait de quoi dévier les regards. Pourtant, il n’en laissa rien paraître.
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 +Après quelques minutes d’attentes,​ les gardes firent entrer la bande. Dans les coursives extérieures,​ de nombreuses et belles statue trônaient fièrement comme un hymne à la réussite financière du propriétaire. Puis ils suivirent quelques couloirs intérieurs joliment décorés avant d’arriver dans une grande salle au fond de laquelle se tenait un bureau sculpté avec goût juste devant une immense baie vitrée avec une vue imprenable de toute la campagne environnante,​ juste après les fortifications de la ville. Au bureau étaient installés un gobelours que la bande connaissait déjà, un certain Erulf, et un hobgobelin d’un certain âge que tous pressentirent comme étant Monsieur Beaujoie.
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 +Krenkô, d’un pas sûr et décidé, et peut-être un peu arrogant, s’avança vers le bureau et tendit sa main pour remercier Monsieur Beaujoie de s’être occupé des Trois Barbues, « le temps nécessaire à l’administration pour tout mettre en ordre ». Erulf haussa les épaules à l’attention de son patron et fit un regard en coin aux arrivants, témoignage d’un peu d’amusement et d’une certaine admiration d’avoir retourné la situation si vite. Monsieur Beaujoie étant très pris, il congédia vite Krenkô et ses associés. ​
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 +Cependant, sur le chemin vers la sortie, Erulf raccompagna la troupe. Ce fut l’occasion que chacun se présente de manière un peu plus importante, mais aussi pour le gobelours de tâter le terrain et de se renseigner sur les éventuels services qu’il pourrait demander. Cyra fit montre d’un intérêt tout particulier à intégrer la vie du quartier et revendiqua à mots couverts quelques affaires passées. Erulf affirma que les Trois Barbues serait « tranquille » pour quelques mois – entendant par là que la taxe de protection n’entrerait pas tout de suite en vigueur –  mais il exprima aussi son envie de sortir des relations compliquées entretenues jusqu’alors avec Irène. Erulf dit à Krenkô, sous un ton humoristique qui traduisait pourtant la sincérité du propos tenu, qu’il espérait que la « tête de mûlerie » de la précédente propriétaire ne soit pas un héritage familial.
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 +Cyra, juste avant le départ, questionna le gobelours sur l’endroit où elle pourrait dégoter des employés fiables pour les Trois Barbues. Erulf n’hésita pas un seul instant et lui recommanda Blinville. Quelques centaines de mètres après le départ de la bande, Cyra annonça aux autres « on ne recrute surtout pas du côté de Blinville ». Ses compagnons furent interloqués et l’elfe noire poursuivit son raisonnement : « si le sbire de Monsieur Beaujoie nous propose Blinville, c’est qu’il a des oreilles là-bas, mieux vaut donc éviter pour le moment d’y recruter du monde ». 
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 +De retour aux Trois Barbues, les compagnons demandèrent à boire une bonne bouteille. Krenkô, plutôt pingre en général, se proposa directement d’aller en chercher une à la cave. Cyra profita alors de la disparition du gobelin pour demander aux deux serveuses où étaient cachées les bonnes bouteilles. D’après elles les bonnes cuvées se trouvaient sur une étagère devant une porte en fer à la cave ; porte qu’elles n’avaient jamais vue ouverte. Quand Cyra se rendit à son tour à la cave elle découvrit Krenkô et Osgarda en train d’observer un endroit plutôt dégueulasse du sous-sol. Ils étaient persuadés que ce chaos était savamment entretenu pour y dissimuler quelque chose. ​
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 +Cyra repartit alors du côté de l’étage n’ayant aucune envie de fouiller la crasse. Ses compagnons ne s’étaient pourtant pas tromper et ils découvrirent,​ sous l’amas de cochonneries diverses et variées, un sol maçonné au centre duquel se trouvait une trappe en métal elle-même dissimulée par une grande planche de bois. 
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 +A l’étage Cyra frappa à la porte de Landerac pour l’inviter à boire un verre. Il l’informa,​ au cours de la conversation qui suivit, qu’il était un ancien mercenaire et que lui et Irène avait fait partie de la même Lame à une époque. C’est d’ailleurs une embuscade menée par des « criards » qui lui a coûté son ouïe. Avant de quitter sa chambre il revint vers son bureau et apporta une enveloppe à Cyra. « C’est pour Genkô ! », dit-il. Cyra entendit bien le nom mal prononcé mais elle ne corrigea pas le vieil homme. Elle parla cependant de l’accès à la chambre d’Irène. D’après Landerac, un certain Safrax, un wulfur du Marais Blanc, était le détenteur de la clé.
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 +Dans la grande salle les compagnons burent à leur nouveau foyer en compagnie du vieil écrivain et des deux prostituées/​serveuses. Othine cassa malheureusement les réjouissances en amenant le lot de factures impayées à Krenkô. Il fallait pour la bande trouver assez vite les moyens de renflouer les caisses. Et, de l’avis de Cyra, de trouver de nouvelles activités, car si les Trois Barbues faisait vivre trois personnes, elles étaient désormais trois de plus dans l’affaire. ​
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 +Krenkô, juste avant l’ouverture aux clients, décacheta l’enveloppe donnée par Landerac. On pouvait y lire :
 +« Du gâteau aux raisins au fond du trou au gnome paiera la consigne. Trois livres à la Lune ! »
  
vastemonde_3b_004.txt · Dernière modification: 2020/02/20 19:08 (modification externe)